Politique

Le Sahel : Quand l’État s’effondre et que les milices prennent de l’ampleur

Dans son article de recherche intitulé « Milices d’autodéfense au Sahel : De la lutte contre les djihadistes au démantèlement de la société et de l’État », le chercheur Mohamed Mahmoud Abu Al-Maali révèle comment les milices locales, apparues dans les pays du Sahel comme des « forces de protection populaires », sont devenues l’un des facteurs les plus dangereux de la désintégration des sociétés et des États de la région. Cet article ne considère pas ces groupes comme de simples formations armées parallèles aux armées, mais plutôt comme l’expression de l’effondrement de l’État lui-même, de son incapacité à monopoliser la violence et de la transformation de la guerre contre les groupes djihadistes en conflits ethniques et tribaux ouverts.

Le chercheur soutient que nombre de ces milices, initialement créées sous prétexte de « protéger les villages et leurs habitants » des attaques d’organisations armées, ont fini par engendrer des violences parallèles, parfois même plus brutales, fondées sur la vengeance collective et le nettoyage ethnique, contribuant ainsi directement à alimenter les groupes djihadistes au lieu de les affaiblir. L’étude s’ouvre sur le contexte général qui a permis l’émergence de ces milices. Les pays du Sahel, notamment le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ont connu un déclin rapide de la présence de l’État dans les zones périphériques et rurales au cours des deux dernières décennies. Les armées sont faibles, les administrations publiques quasi inexistantes et les frontières poreuses, tandis que les groupes djihadistes se développent, exploitant la pauvreté, la marginalisation et les divisions ethniques.

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Dans ce contexte, les milices d’« autodéfense » sont apparues comme une solution rapide et peu coûteuse pour les gouvernements. Au lieu de déployer des armées épuisées dans des régions reculées, les populations locales ont été armées et mobilisées pour lutter contre les groupes djihadistes. Cependant, comme l’explique le chercheur, le problème réside dans le fait que ces formations ne reposaient pas sur des fondements nationaux ou juridiques, mais plutôt sur des affiliations tribales et ethniques, ce qui les a rapidement transformées en instruments de vengeance collective.

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