Au Kenya, si de nombreux enfants héritent traditionnellement du prénom de leur père comme nom de famille, un nombre croissant de personnes choisissent plutôt celui de leur mère. C’est particulièrement le cas au sein du plus grand groupe ethnique du pays, les Kikuyus ; cette pratique suscite des débats et, parfois, des moqueries à l’encontre des hommes qui portent un nom de famille féminin. Les filles et les femmes qui portent le nom de leur mère ne font pas face à la même réprobation ; de plus, lorsqu’elles se marient, elles choisissent souvent d’adopter le prénom de leur mari comme nom de famille. Pour certains, cette tendance croissante chez les hommes reflète une évolution des mentalités concernant les femmes et leur influence dans une société patriarcale ; d’autres, en revanche, critiquent ceux qui ont reçu — ou parfois choisi — le nom de leur mère.
Il était autrefois rare de voir des hommes occupant des postes importants porter un nom de famille féminin, mais aujourd’hui, plusieurs hommes politiques sont dans ce cas, comme le député John Njũgũna Wanjikũ. Élevé par une mère célibataire, il a été élu pour la première fois en 2021 et se fait appeler « Ka-Wanjikũ », ce qui signifie « l’enfant de Wanjikũ ». Si certains, comme Wanjikũ, ont reçu ce nom de famille féminin à la naissance, d’autres l’ont choisi pour rendre hommage à leur mère. L’une des premières personnalités à s’affranchir de la norme concernant les noms masculins fut Peter Kĩgia, un musicien kényan ayant choisi le nom de sa mère comme nom de scène. Kĩgia wa Esther (fils d’Esther), aujourd’hui sexagénaire, est connu pour jouer du *benga* — une musique folk rythmée et rapide, dominée par la guitare, avec des paroles en kikuyu.
« Porter le nom de sa mère témoigne de l’amour et du respect qu’on lui porte », a-t-il déclaré à la BBC, précisant qu’il avait même enregistré sa maison de disques sous le nom de « Wa Esther Productions ». Cette pratique jouit désormais d’un certain prestige dans l’industrie musicale, et de jeunes musiciens suivent ses traces. Des affiches annonçant des artistes portant le nom de famille de leur mère, tels que Waithaka wa Jane et 90K Ka Msoh, sont souvent placardées sur les panneaux publicitaires de la capitale, Nairobi.v