Le gouvernement zimbabwéen cherche à convaincre ses citoyens d’utiliser davantage la monnaie nationale, dans le but de réduire, à long terme, la dépendance vis-à-vis du dollar américain. Toutefois, des années d’instabilité monétaire rendent beaucoup de Zimbabwéens réticents à accorder leur confiance à cette nouvelle initiative. La monnaie « or zimbabwéen », connue sous l’acronyme « ZiG », a été lancée en avril 2024 dans le cadre des efforts du gouvernement pour restaurer la confiance dans la devise locale. La Banque de réserve du Zimbabwe (la banque centrale) affirme que cette monnaie est adossée à des réserves de devises étrangères et de métaux précieux, notamment l’or, néanmoins, le rapport souligne que le défi ne se limite pas au lancement d’une nouvelle monnaie ou au renforcement des réserves.
Les Zimbabwéens, qui ont vu leurs économies s’éroder et leurs salaires fondre lors de crises successives, restent prudents : ils craignent de détenir des fonds dans une monnaie dont le pouvoir d’achat pourrait décliner. En 2009, le Zimbabwe avait abandonné sa monnaie nationale à la suite d’une vague d’hyperinflation — une hausse incontrôlée des prix — pour adopter un système multidevise dominé par le dollar américain. La monnaie nationale a été réintroduite en 2018, mais, selon le rapport, l’instabilité récurrente a rendu difficile le rétablissement de la confiance du public. Le « ZiG » lui-même n’a pas été épargné par les turbulences : le 27 septembre 2024, la Banque centrale a dévalué la monnaie de 43 %, faisant passer son cours de 13,56 ZiG pour un dollar — lors de son lancement — à 24,4 ZiG pour un dollar.
Charles Mbuandrikwa, instituteur dans une école primaire, perçoit environ un tiers de son salaire en « ZiG ». Il confie qu’il s’empresse de convertir cette somme plutôt que de la conserver, échaudé par les pertes qu’il avait subies lors de l’effondrement de la monnaie précédente. Mbuandrikwa a vu ses économies de retraite partir en fumée durant la crise de 2009. Il rapporte également que, suite à la réintroduction de la monnaie locale en 2018, la valeur de son salaire a chuté, passant de l’équivalent de 540 dollars à seulement 40 dollars à la fin de cette même année.