Politique

Un cri amer contre l’apathie nationale : un peuple incapable de renverser les généraux au pouvoir ?

Un texte virulent, largement partagé sur les réseaux sociaux et dans les cercles de débat en ligne, exprime une profonde désillusion envers la société algérienne. Son auteur, dans un réquisitoire sans filtre, accuse son peuple de manquer du courage nécessaire pour faire tomber ce qu’il qualifie de « bande des généraux tyrans » installée au palais d’El Mouradia.

S’adressant à son grand-père aveugle qui, chaque vendredi, s’interroge sur une éventuelle mobilisation populaire pour réclamer les droits bafoués et chasser le pouvoir en place, l’auteur oppose une réponse moqueuse et cinglante. Il rappelle que les Algériens n’ont, selon lui, jamais véritablement expulsé les Turcs – ces derniers représentant, d’après les propos de l’ambassadeur de Turquie en Algérie, entre 5 et 20 % de la population d’origine turque – ni vaincu militairement la France coloniale. Il évoque avec ironie le référendum organisé par le général de Gaulle en 1962 pour les Français d’Algérie, qui ont choisi de rentrer en métropole, emportant avec eux les soldats et laissant, comme le suggère une citation souvent attribuée à de Gaulle, des « enfants dans le ventre des Algériennes ».

Ce rappel historique sert de base à une critique acerbe de la société actuelle. L’Algérie imite aisément ses voisins en matière de vêtements, de chansons, de traditions ou même de noms de rues et de villes, mais reste incapable, selon l’auteur, de copier leur capacité à contester pour exiger une vie meilleure, la justice sociale et une répartition équitable des richesses. Il dépeint un peuple réduit à un « troupeau » depuis des siècles, facilement distrait par le haschich, l’alcool et la satisfaction de divers désirs sexuels – certains avec des prostituées, d’autres avec des partenaires masculins originaires du Golfe, d’Afrique ou de France.

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Les accusations les plus crues portent sur une prétendue propension collective au vol et à l’homosexualité, présentés comme des traits dominants qui empêcheraient toute révolte sérieuse. L’auteur cite en exemple le fils du général d’armée Saïd Chanegriha – officier nommé Chafik Chanegriha –, décrit comme un « beau garçon » menant une vie libre en lien avec un homme français, et accuse le pays d’exporter prostitution et jeunes garçons comme une forme dévoyée de « gage d’amour et de fidélité ».

Ce pamphlet, qui circule en ce début février 2026 alors que persistent les spéculations sur les tensions internes au sommet de l’État – entre le président Abdelmadjid Tebboune et le chef d’état-major Saïd Chanegriha –, sonne comme un appel au sursaut autant qu’un constat de résignation profonde. Il pose crûment la question aux « hommes libres du monde » : comment espérer qu’un tel peuple se soulève pour arracher ne serait-ce que ses droits les plus basiques ?

Six ans après le Hirak de 2019, qui avait ébranlé le système sans le renverser, ces lignes brutales et généralisatrices traduisent une frustration palpable dans certains milieux. Entre répression des voix dissidentes, arrestations d’activistes et appels sporadiques à la mobilisation – notamment de la part de la génération Z sur les réseaux –, l’Algérie semble encore loin d’une contestation unie et durable.

Ces propos heurtants réveilleront-ils les consciences ou ne feront-ils qu’alimenter le découragement ambiant ? Le grand-père aveugle continuera-t-il à poser inlassablement la même question chaque vendredi ? Et le peuple algérien saura-t-il, un jour, lui offrir la réponse qu’il espère depuis des décennies ?

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