Le chef d’état-major gambien, le lieutenant-général Mamath Sham, a démissionné le week-end dernier suite à des semaines d’accusations de corruption et d’abus de pouvoir publiées par Kerr Fatou et What’s On Gambia. Le président Adama Barrow a accepté sa démission et a nommé le major-général Ousman Gomez chef d’état-major par intérim, la crise a été déclenchée par le sergent Modou Sen, ancien assistant personnel du général Sham, qui a révélé une série d’accusations lors de longs entretiens, les étayant par des preuves documentaires. Selon Kerr Fatou, Sen était un proche collaborateur du chef d’état-major, gérant pour lui des tâches tant personnelles que officielles, avant que leurs relations ne se détériorent après un avertissement pour manquement au protocole. Sen a alors demandé sa mutation, ce qui a finalement conduit à sa retraite anticipée.
Les allégations les plus graves formulées par Kerr Fatou concernaient des bateaux saisis par la marine gambienne à des réseaux de passeurs de migrants. Sen a affirmé que Cham avait abusé de son autorité pour acquérir ces bateaux à des prix dérisoires lors de ventes aux enchères officielles, puis les avait réimmatriculés à son nom auprès de l’Autorité maritime et les avait utilisés pour la pêche commerciale privée. Lors d’un entretien téléphonique, Cham a reconnu être propriétaire d’un bateau de pêche, précisant avoir versé environ 250 000 dalasis (environ 3 450 dollars) à un artisan de la région de Tangi pour sa construction. Il a également admis avoir acheté un second bateau à la Marine dans le cadre d’une transaction commerciale légitime supervisée par un comité placé sous l’autorité du commandant de la Marine, reconnaissant qu’un solde de 50 000 dalasis (environ 690 dollars) restait impayé.
Une autre accusation, rapportée par le Gambia Journal, porte sur le fait que Cham aurait importé un chargement de tracteurs adressé au quartier général du Commandement de la Défense, puis aurait modifié le nom du destinataire sur le connaissement, remplaçant « Forces armées gambiennes » par le sien. Cette falsification a été révélée dans un document signé par un lieutenant-colonel au nom du chef d’état-major, qui stipulait que la modification était « nécessaire pour garantir la bonne réception et le dédouanement ». La même publication rapporte que Cham a catégoriquement nié ces allégations.