Le Nigeria entame cette semaine le rapatriement de ses citoyens d’Afrique du Sud, suite à une nouvelle vague de manifestations et d’attaques xénophobes qui ont exacerbé les craintes des étrangers dans l’économie la plus industrialisée d’Afrique. Pendant des décennies, l’Afrique du Sud a été une destination privilégiée pour les Africains en quête d’opportunités économiques à l’étranger, mais pour les centaines de Nigérians qui y vivent aujourd’hui, le chemin est de plus en plus court. Le premier vol d’évacuation, opéré par Air Peace, doit décoller de Johannesburg mercredi avec environ 270 passagers à bord. Plus de 500 Nigérians ont été contrôlés et autorisés à être rapatriés.
Cette dernière opération représente l’un des plus importants efforts de rapatriement volontaire de citoyens nigérians d’Afrique du Sud ces dernières années. Selon le ministère nigérian des Affaires étrangères, au moins 1 094 Nigérians ont exprimé le souhait de rentrer chez eux, une forte augmentation par rapport aux 130 personnes qui avaient initialement souhaité rentrer alors que les manifestations xénophobes s’intensifiaient. Cet exode croissant témoigne des inquiétudes grandissantes quant à la sécurité des migrants, dans un contexte de montée du sentiment anti-immigrés dans certaines régions d’Afrique du Sud. Le président Cyril Ramaphosa s’est adressé à la nation ce week-end, condamnant les violences perpétrées contre les étrangers et promettant des mesures contre les groupes responsables de ces attaques. Il a averti que les frustrations liées au chômage et à la pauvreté sont exploitées par des groupes armés et des acteurs politiques qui prennent les étrangers pour cible.
Le taux de chômage en Afrique du Sud reste supérieur à 30 %, l’un des plus élevés au monde, et les migrants sont de plus en plus souvent accusés de voler des emplois, de mettre à rude épreuve les services publics et de contribuer à la criminalité. À l’inverse, les organisations de défense des droits des migrants affirment que les étrangers sont désignés comme boucs émissaires pour des problèmes économiques structurels plus profonds. Les tensions actuelles ont ravivé le souvenir des violences meurtrières qui ont secoué l’Afrique du Sud en 2008, faisant près de 60 morts et des dizaines de milliers de déplacés lors d’attaques visant des migrants venus de tout le continent.