Les appels à manifester pour la défense des libertés en Tanzanie, coïncidant avec la commémoration de Saba Saba le mardi 7 juillet, ont suscité une faible participation, perçue par le gouvernement comme un échec manifeste du mouvement de protestation. À l’inverse, les militants ont affirmé que les événements survenus représentaient un succès d’un autre ordre, soulignant avoir réussi à ralentir l’activité économique et promettant de poursuivre leur mobilisation lors des prochains événements nationaux. Saba Saba est une fête nationale commémorant la fondation du parti qui a mené le Tanganyika à l’indépendance en 1954. Cependant, cette année, l’événement a pris une dimension politique suite aux appels lancés par les groupes d’opposition et les militants à manifester pour la défense des libertés.
À Dar es Salaam, la capitale économique, de nombreux habitants ont préféré rester chez eux, craignant une répétition des violences qui avaient accompagné les manifestations suivant les élections du 29 octobre de l’année précédente, provoquant des troubles généralisés et perturbant la vie quotidienne. L’analyste politique tanzanien Thomas Kibwana explique que cette prudence découle de la réalité économique du pays, où la plupart des citoyens dépendent du travail dans le secteur informel et doivent travailler quotidiennement pour subvenir à leurs besoins. Il ajoute que les violences qui ont suivi les élections de l’année dernière ont quasiment paralysé l’activité économique pendant une semaine, un souvenir encore vif pour de nombreux citoyens, les incitant à éviter toute situation susceptible de la reproduire.
Le manque de soutien du principal parti d’opposition, Chadima, a également contribué à la faible participation aux appels à manifester, ce qui s’est traduit par une faible mobilisation dans les rues. Néanmoins, Michaela Kollord, spécialiste des affaires tanzaniennes, estime que ces événements marquent un tournant dans le style de protestation et le discours politique de certains militants. Elle explique que, même si les manifestations ne se déroulent pas de manière traditionnelle, la perturbation de l’activité économique est présentée comme un moyen efficace d’exercer une pression. Les militants pensent qu’une réduction de l’activité économique entraîne une baisse des recettes fiscales, affaiblissant ainsi la capacité du gouvernement à gérer la situation.