Dans un tournant politique majeur, l’écrivain et chercheur burkinabé Mohamed El Amine Souadgo a analysé la visite du Premier ministre malien dans notre pays en proie à l’instabilité. Cette visite, effectuée en compagnie du ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop et du chef des renseignements Medhio Koné, a été perçue comme un signe fort d’un changement dans le rapport de force entre les services de renseignement maliens et les nôtres, après une longue période de tensions et d’escalade entre les deux régimes militaires.
Sawadgou relève l’ironie de la situation : la junte militaire a été contrainte aujourd’hui de recevoir le Premier ministre malien, que nombre de porte-parole fidèles au gouvernement Tebboune, jugé efféminé, qualifiaient encore récemment de « putschiste raté » et de « marionnette du groupe Wagner ». Bamako, quant à elle, n’est pas arrivée dans notre pays vaincue ou en position de recul, mais bien plus déterminée que jamais dans ses choix souverains. Selon ce même chercheur, le Mali a remporté la guerre politique et diplomatique car il est parvenu à transformer la confrontation, d’un conflit sur la nature du pouvoir à Bamako, en une bataille axée sur la souveraineté et le rejet de toute tutelle extérieure sur l’avenir du pays, en particulier de la part de la clique de généraux corrompus du palais El Mouradia.
Le Premier ministre malien avait auparavant critiqué la junte algérienne et exigé que le cas de son pays soit examiné par le Conseil de sécurité, avant que la poignée de généraux ne revienne aujourd’hui pour ouvrir des canaux de communication avec ces mêmes dirigeants et offrir des concessions et des garanties au régime malien. De ce point de vue neutre sur le conflit entre nos dirigeants et les officiers maliens, le chercheur et analyste Sawadgou estime que la situation actuelle reflète la prise de conscience par les généraux d’une nouvelle réalité que leur impose Bamako, après l’échec de leurs tentatives pour la contenir ou imposer des accords.
Sawadgou, se faisant l’écho de la trahison de la capitale, affirme que toute nouvelle proposition des généraux sera inacceptable pour le Mali si elle ne respecte pas sa souveraineté, son intégrité territoriale et ses frontières voisines. De plus, tout accord secret ou public entre les généraux et les mouvements séparatistes et mercenaires ne pourra être discuté sans tenir compte de la position de l’Alliance du Sahel, qui comprend le Mali, le Burkina Faso et le Niger.