Cette question circule dans les médias sud-africains depuis octobre 2025, date à laquelle elle a été soulevée par AfriForum, un groupe de pression défendant les intérêts de la minorité afrikaner blanche. Dans un article, AfriForum a établi un lien entre la recrudescence des assassinats politiques et le risque que le pays ne devienne un « État mafieux », une expression employée lorsque les institutions étatiques – notamment la police et l’armée – sont tellement imbriquées dans le crime organisé qu’elles en deviennent pratiquement indissociables. L’urgence avec laquelle cette question est soulevée aujourd’hui découle d’une enquête judiciaire lancée par le président Cyril Ramaphosa en juillet 2025.
Présidée par le juge à la retraite de la Cour constitutionnelle, Mbwisele Madlanga, cette enquête avait pour mission d’examiner « la criminalité, l’ingérence politique et la corruption au sein du système de justice pénale ». Suite aux accusations du chef de la police du KwaZulu-Natal (dans l’est du pays), selon lesquelles le ministre de la Police de l’époque, Senzo Mchono, aurait interféré dans les enquêtes et dissous le groupe de travail chargé de lutter contre les assassinats politiques, Le 2 septembre, Mark Shaw, directeur exécutif de l’Initiative mondiale contre le crime organisé transnational, a témoigné devant la commission. Il a déclaré que sa base de données recensait 2 458 assassinats à motivation politique entre 2000 et 2025, dont une trentaine enregistrés depuis le début de l’année. Il a souligné que le KwaZulu-Natal demeure la province où la concentration de ces crimes est la plus élevée, malgré leur présence dans toutes les régions.
Il a ajouté que le parti MK, dirigé par l’ancien président Jacob Zuma, est devenu l’organisation la plus ciblée, alors que, par le passé, ces assassinats étaient principalement le fait du Congrès national africain (ANC). M. Shaw a indiqué que l’Afrique du Sud se classe septième sur 193 pays dans l’Indice mondial de la criminalité organisée et que son taux d’homicides dépasse celui de la Colombie et du Mexique, se rapprochant des niveaux actuels de l’Équateur. Human Rights Watch a documenté une série d’attaques contre des lanceurs d’alerte dans un rapport publié le 24 février, notamment l’assassinat d’un enquêteur criminel le 30 juin 2025.