Politique

À la veille de son départ du pouvoir au Bénin : quel héritage laisse Talon après dix ans de mandat ?

Le président Patrice Talon quittera ses fonctions dimanche prochain après une décennie à la tête du Bénin, laissant derrière lui un bilan mitigé et une situation controversée : croissance économique, certes, mais aussi répression de l’opposition et des voix critiques. Âgé de 67 ans, Talon ne pouvait briguer un troisième mandat, la Constitution l’empêchant d’en effectuer deux. Le ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagne, devrait prendre le pouvoir à Cotonou après sa victoire aux élections du 12 avril, avec plus de 94 % des suffrages. Seuls deux candidats étaient en lice, le Parti démocratique, principal parti d’opposition, n’ayant pas obtenu la majorité parlementaire requise pour faire élire son candidat.

Pendant des années, le Bénin a été considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest, mais ses détracteurs affirment que la situation a changé sous Talon, l’accusant d’instrumentaliser le pouvoir judiciaire pour affaiblir les autres partis, lors des dernières élections législatives de janvier, les deux partis alliés au président ont remporté la totalité des 109 sièges à l’Assemblée nationale. En novembre 2025, le Parlement a adopté, par 90 voix contre 19, un amendement constitutionnel portant la durée des mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans et instituant un Sénat. Cette réforme confère au président le pouvoir de nommer les sénateurs, créant de facto de nouveaux obstacles à l’entrée des partis d’opposition au Parlement. Les militants des droits humains ont concentré leurs critiques sur la question des prisonniers politiques.

L’opposante Rekia Madougo a été condamnée à 20 ans de prison en décembre 2021 pour « complicité d’actes terroristes », tandis que l’universitaire Joël Ifou a été condamné à 10 ans par le même tribunal. En janvier 2025, l’homme d’affaires Olivier Pokou, ancien proche allié de Talon, a également été condamné à 20 ans de prison pour « complot contre la sûreté de l’État » et « corruption d’un agent public ». Interrogé sur une possible grâce présidentielle avant dimanche, qui concernerait Madougou, Ifo et Boko Haram, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Houngbedji, a déclaré : « Beaucoup de choses peuvent arriver », ajoutant que ces hommes sont « des acteurs politiques emprisonnés pour diverses accusations, ce qui ne fait pas d’eux des prisonniers politiques », selon Afrique Presse.

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