Société

Quand les immigrés deviennent des boucs émissaires : le racisme est-il de retour en Afrique du Sud ?

En 1994, l’Afrique du Sud célébrait la fin de l’un des systèmes de discrimination raciale les plus brutaux de l’histoire moderne. Le régime d’apartheid s’effondrait et Nelson Mandela devenait le premier président noir du pays, après avoir été pendant des décennies un symbole de la lutte contre le racisme. L’élection de Mandela, ce militant pour la liberté qui a passé 27 ans derrière les barreaux dans un combat qui a captivé le monde, annonçait la naissance d’une nation fondée sur l’égalité et l’État de droit, et non sur l’origine ethnique ou la couleur de peau. Dès lors, il semble difficile pour beaucoup de comprendre ce dont ce pays a été témoin ces deux derniers mois : une nette escalade des discours de haine envers les immigrés et les réfugiés, voire des violences à leur encontre, et leur désignation comme principaux responsables des crises économiques et sociales du pays.

Bien que la situation actuelle soit incomparable à l’apartheid, son paradoxe a suscité l’inquiétude et la mise en garde contre ce qu’ils craignent être une nouvelle forme de racisme et d’exclusion, cette fois-ci fondée non plus sur la race ou la couleur de peau, mais sur la nationalité. Si la haine visait autrefois la minorité blanche coloniale – une position jugée acceptable –, sa nouvelle vague se dirige désormais contre les immigrés, dont la plupart ont la même peau noire, mais qui ont été contraints de chercher refuge dans leur pays d’origine, espérant une vie meilleure. Certains s’indignent : où sont passés les slogans de solidarité africaine qui ont jadis soutenu la lutte de l’Afrique du Sud ?

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Mais d’autres rétorquent, évoquant l’escalade récente des crises économiques et sociales et arguant que les immigrés en subissent les conséquences les plus graves, même si certains sont installés depuis longtemps.

Durant les décennies de lutte contre l’apartheid imposé par la minorité blanche, les pays africains voisins comme le Zimbabwe, le Mozambique, l’Angola et la Zambie ont servi de refuge et de soutiens essentiels aux mouvements de libération en Afrique du Sud, notamment au Congrès national africain (ANC).

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