La police ougandaise et l’unité anticorruption rattachée à la présidence ont ouvert une enquête criminelle visant de hauts responsables d’Uganda Airlines. Les accusations portent sur abus de fonction, détournement de fonds et manipulation des comptes. L’enquête intervient dans un contexte de polémique autour des contrats d’achat d’avions et de la disparition de plus de 9,2 millions de dollars appartenant à la compagnie. La Direction des enquêtes criminelles a demandé à la directrice générale de la compagnie, Jennifer Bamuturaki, de fournir l’ensemble des registres des achats, des recettes et des transactions bancaires.
Selon plusieurs médias ougandais, cette enquête est menée en collaboration avec l’unité anticorruption de la présidence et constitue l’action la plus sévère depuis la relance de la compagnie nationale en 2019. Les enquêteurs se concentrent notamment sur un projet controversé d’acquisition d’avions Boeing, alors que le plan gouvernemental approuvé en 2018 recommandait l’utilisation d’appareils Airbus pour les vols long-courriers et moyen-courriers. Des documents montrent que certains responsables techniques s’étaient opposés à ce choix lors d’une réunion au ministère des Finances en juin dernier, tandis qu’un petit groupe de hauts dirigeants aurait imposé l’option Boeing en ignorant les avis techniques.
Les investigations portent également sur l’achat d’un avion-cargo Boeing 737-800 âgé de 22 ans, dont le prix est passé de 20 à 31 millions de dollars après l’intervention d’un intermédiaire, et ce malgré les mises en garde des ingénieurs concernant la fin prochaine de la durée de vie des moteurs, ce qui pourrait engendrer des coûts supplémentaires de plusieurs millions de dollars. L’enquête examine aussi les contrats d’approvisionnement en carburant, les contrats de location, ainsi que les opérations de vente de billets et les recettes. Des rapports antérieurs avaient révélé que des agences liées à des employés de la compagnie avaient accaparé plus de 90 % des billets à tarif réduit, soulevant des soupçons de conflit d’intérêts. L’un des points centraux de l’enquête concerne la disparition de plus de 9,2 millions de dollars (environ 35 milliards de shillings ougandais) provenant de frais de service.