L’Afrique se trouve à un carrefour décisif dans son parcours vers un avenir numérique unifié. Alors que le continent affiche une ambition croissante et de plus en plus partagée de construire une économie de l’intelligence artificielle de classe mondiale, les experts avertissent que des infrastructures électriques de transmission obsolètes et une fragmentation réglementaire pourraient compromettre l’objectif d’atteindre une économie numérique de 1,5 billion de dollars d’ici 2030, au cœur de cette transformation numérique se trouvent les centres de données, véritable tissu conjonctif nécessaire pour alimenter l’ère de l’intelligence. Cependant, une nouvelle analyse sectorielle indique que, sans réformes structurelles urgentes, ces installations risquent de n’être guère plus que des « blocs de béton ».
Le potentiel de croissance est considérable. Le marché africain des centres de données devrait atteindre 6,81 milliards de dollars d’ici 2030, presque doublant sa valeur de 2024. Cette expansion constitue une condition préalable à l’essor du marché de l’IA sur le continent, qui est attendu à 16,5 milliards de dollars sur la même période. Malgré ces perspectives optimistes, le Dr Krishnan Ranganath, Directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest chez Africa Data Centres (ADC), souligne que la construction des installations est la partie la plus simple. Le véritable défi réside dans les « fondamentaux », à partir de la base. « Les fondamentaux de la transmission ne sont pas en place dans la région », a révélé le Dr Ranganath. « L’énergie est produite en abondance à travers l’Afrique, mais les lignes de transmission sont anciennes et les problèmes liés aux réseaux, aux fibres terrestres et à la distribution persistent. Construire des centres de données est la chose la plus facile, mais ils doivent être connectés ».
Il met en garde contre le fait que des coûts de connectivité élevés et une faible disponibilité d’énergie pourraient limiter l’impact de ces investissements, empêchant l’Afrique de porter ses capacités numériques à l’échelle mondiale. Au-delà des infrastructures physiques, le rapport pointe la fragmentation comme une menace majeure pour le développement à l’échelle continentale. Des réglementations disparates aux degrés de maturité inégale des marchés, l’absence d’un cadre unifié fait grimper les coûts et érode la confiance des investisseurs.