Le Ghana s’est retrouvé au centre d’une vaste polémique sur les droits humains et la politique migratoire après avoir accueilli des dizaines de migrants originaires d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, expulsés des États-Unis sous l’administration de l’ancien président Donald Trump, avant que les autorités ghanéennes ne renvoient de force un grand nombre d’entre eux vers leurs pays d’origine, alors que certains bénéficiaient d’une protection judiciaire américaine interdisant leur renvoi en raison du risque de persécutions ou de torture. L’affaire de Rabiatou Kouyaté, âgée de 58 ans, met particulièrement en lumière ces pratiques.
Détenue par les services de l’immigration américaine en juillet, elle avait demandé une protection contre son expulsion vers son pays d’origine, la Sierra Leone, affirmant craindre la torture en raison des liens de son père avec l’opposition politique. Un juge de l’immigration américain avait accepté de lui accorder une protection juridique connue sous le nom de « suspension de renvoi » (withholding of removal). Cependant, le 5 novembre, Kouyaté a été expulsée vers le Ghana au lieu de la Sierra Leone. Elle a raconté avoir été détenue pendant six jours dans un hôtel de la capitale, Accra, avant d’être contrainte de retourner dans son pays d’origine. Une vidéo, diffusée à l’époque sur les réseaux sociaux et authentifiée par sa famille, montre des hommes en uniforme vert et noir la traînant sur le sol de l’hôtel jusqu’à un véhicule utilitaire, tandis qu’elle criait : « Je n’irai pas ».
Cette vidéo a fait la une des médias et suscité de vives interrogations sur le recours de l’administration Trump à ce que l’on appelle les « expulsions vers des pays tiers », une pratique visant à accélérer l’éloignement de migrants en situation irrégulière qu’il est difficile de renvoyer directement dans leurs pays d’origine, dans le cadre d’une vaste campagne d’expulsion de plusieurs millions de personnes. Selon des avocats aux États-Unis et au Ghana, Kouyaté faisait partie d’un groupe de plus de 30 personnes originaires de « pays tiers » expulsées vers le Ghana l’année dernière.