Les Tunisiens ont lancé une vaste campagne exigeant l’interdiction d’employer et d’héberger des migrants sans papiers. Cette initiative a suscité un vif débat : ses partisans y voient une défense du droit, tandis que ses détracteurs y voient une rhétorique susceptible d’exacerber les tensions et d’alimenter la haine envers les migrants. Ces derniers jours, des appels ont circulé sur les réseaux sociaux, exhortant les propriétaires et les entreprises à ne pas louer de logements à des migrants sans papiers ni à leur offrir d’emploi. Ces appels réclament également un contrôle plus strict des réseaux qui les emploient et les hébergent, notamment dans les zones à forte concentration de migrants subsahariens.
La campagne est menée par la députée Sirine Mrabet, qui a souligné que « l’emploi et l’hébergement de toute personne en situation irrégulière sont punissables par la loi ». Elle a appelé les citoyens à prendre conscience du « danger » que représente le contact avec les migrants sans papiers afin de protéger le pays. Les autorités de sécurité et l’inspection du travail ont également été exhortées à exercer pleinement leur rôle de contrôle et à prévenir toute infraction en appliquant la loi sur les étrangers, qui interdit d’héberger ou d’employer toute personne sans titre de séjour. La loi sur l’immigration et les étrangers prévoit des sanctions pour quiconque aide intentionnellement un étranger, directement ou indirectement, à entrer, sortir, circuler ou résider illégalement en Tunisie sans en informer les autorités de sécurité.
Cette campagne a toutefois suscité une vive controverse. Ses partisans mettent en garde contre les dangers liés à l’augmentation du nombre de migrants et ses répercussions sociales, économiques et sécuritaires pour le pays. Ses opposants critiquent la montée des discours de haine et des incitations à la violence contre les migrants, et exigent des solutions alternatives pour endiguer l’immigration irrégulière, solutions qui évitent toute discrimination. La présence des migrants sur le marché du travail est devenue de plus en plus visible ces derniers temps, nombre d’entre eux travaillant dans divers secteurs, notamment le bâtiment, la restauration et le nettoyage. Cette situation alimente un débat croissant au sein de la société tunisienne.