Sur la côte ouest de la mer Rouge, la ville de Suakin se dresse comme un vestige du temps. Cette ancienne cité soudanaise ne se contente pas de raconter l’histoire ; elle se présente comme un récit vivant où faits et légendes s’entremêlent. Située à environ 54 kilomètres au sud de Port-Soudan et à quelque 642 kilomètres à l’est de Khartoum, Suakin trône sur son île telle une reine oubliée, sans pour autant avoir perdu de sa splendeur. Jadis l’un des ports les plus importants de la région, elle était un centre névralgique du commerce et un carrefour pour les caravanes de pèlerins et de marchands voyageant entre la vallée du Nil, le Hedjaz, le Yémen et le pays de Pount.
Sous les Mamelouks, puis sous l’Empire ottoman, la ville connut son apogée, devenant une porte d’entrée majeure où transitaient vies, marchandises et récits. Mais ce qui rend Suakin véritablement unique, ce n’est pas seulement son histoire, mais aussi l’aura mystérieuse qui l’entoure. Les édifices antiques de Suakin, construits en pierre de corail, se dressent aujourd’hui tels des fantômes imposants, suspendus aux confins du temps. Leurs murs délabrés semblent murmurer les voix de ceux qui les ont foulés : marchands, pèlerins, marins et étrangers qui n’ont laissé derrière eux que leurs ombres. À ce propos, le Dr Balsam Al-Qarah, archéologue et directeur du Bureau régional des antiquités de la mer Rouge, a déclaré : « Suakin n’est pas qu’un simple site archéologique, c’est une mémoire vivante, une ville dont les ruelles étroites recèlent des strates d’histoire orale et écrite, rendant difficile la frontière entre réalité et légende.
Dans l’imaginaire collectif de la côte, Suakin est indissociable des récits de djinns. Certains prétendent que l’île est hantée et qu’il ne faut pas s’y aventurer la nuit. D’autres vont plus loin, croyant que son nom même recèle un secret ancestral, dérivé d’une expression populaire signifiant « ce sont les djinns qui l’ont construite » ». Ainsi naquit la légende de « Sua-jin », qui prétend que des êtres invisibles ont bâti ses étonnants palais de corail, dans une tentative ancestrale de l’humanité d’expliquer une architecture qui semblait en avance sur son temps.