À travers l’immensité de la Terre, à l’est comme à l’ouest, l’humanité rivalise pour façonner ses aspirations, guidée par les catalogues du luxe moderne. Certains rêvent d’une voiture électrique intelligente qui les conduit pendant leur sommeil, d’autres d’une villa avec vue sur les Alpes, et d’autres encore recherchent un partenaire alliant beauté et raffinement. Ce sont là des rêves parfaitement légitimes dans un monde qui évolue à la vitesse de la lumière, où les citoyens considèrent les services essentiels comme de simples détails, invisibles et dissimulés derrière le mur du quotidien, indignes d’intérêt.
Mais si vous arriviez en Algérie et que vous contempliez la dure réalité du peuple algérien, vous perdriez pied, votre boussole serait complètement inversée, et les plus grandes aspirations humaines se réduiraient à la simple survie, même si la dignité en serait ternie. Se réveiller en pleine nature, c’est peut-être savourer un expresso parfaitement préparé devant un paysage paisible. Ici, l’ambition ultime du citoyen opprimé est simplement d’ouvrir le robinet et d’entendre l’eau couler, au lieu du sifflement familier annonçant la fuite de l’air et la sécheresse. L’ironie est encore plus flagrante lors des courses quotidiennes. Si, dans les allées spacieuses des supermarchés du monde entier, faire ses courses est une expérience agréable, où les consommateurs ont l’embarras du choix parmi des centaines de marques, dans la dure réalité que nous impose le système, cela se transforme en une aventure périlleuse pour obtenir un sac de lait ou une bouteille d’huile.
Il faut se battre dans la foule et se disputer, sacrifiant sa dignité pour une goutte ou une miette. Même le luxe technologique prend une autre dimension. Le monde entier parle de l’acquisition du dernier smartphone, tandis que l’Algérien prie pour que son vieux réfrigérateur continue de fonctionner sans jamais tomber en panne. Une coupure de courant soudaine endommage le moteur, l’obligeant à chercher sa réserve stratégique de bougies pour éclairer son chemin jusqu’à sa salle de bains insalubre. Mais cette comédie noire ne s’arrête pas aux estomacs, à l’électricité et à l’eau ; elle s’étend à la manipulation de la conscience collective, nourrie depuis des années par le complexe de l’ennemi. Tandis que les citoyens du monde entier dorment et rêvent de cauchemars hollywoodiens d’invasions extraterrestres ou d’effondrement de la bourse mondiale, l’Algérien se réveille terrifié par un tout autre cauchemar : voir son voisin marocain se qualifier pour les demi-finales de la Coupe du monde, devenir une superpuissance, ou voir son peuple reconnu et accepté dans le monde entier.
Ce cauchemar particulier est la calamité ultime qui hante les décideurs du palais présidentiel, plus encore que les citoyens ordinaires. Ils craignent de voir le monde parler des succès, de l’acceptation et de la diplomatie de leur voisin, tandis que le discours officiel national continue de colporter des illusions et de tenter de masquer l’amère réalité sous un flot de slogans retentissants qui ne nourrissent plus ni ne désaltèrent, face à ce spectacle, toute tentative de convaincre le public que les choses sont telles qu’elles paraissent est devenue vaine. L’idée qu’un complot extérieur soit à l’origine des pénuries d’eau et de produits de première nécessité est une plaisanterie de mauvais goût qui ne fait plus rire personne. La réalité d’aujourd’hui n’a pas besoin de propagande pour être embellie, mais plutôt d’une révolution et d’un bouleversement majeur qui chassaient l’équilibre militaire et rendent aux pauvres une vie normale, loin de cette existence misérable.