Réduire la dépendance au dollar en Afrique n’est plus un simple discours politique sur la réforme du système financier mondial. Cela se traduit désormais par des décisions concrètes affectant la dette, les paiements et le commerce quotidien : conversion des prêts publics en yuans, mise en place de lignes de swap avec la Chine, et même création d’un réseau africain permettant les échanges entre pays du continent dans leurs monnaies locales. Mais ces initiatives soulèvent une question plus complexe que le simple déclin du dollar : l’Afrique construit-elle une véritable indépendance monétaire ou se contente-t-elle de remplacer sa dépendance croissante au dollar américain par une dépendance accrue au yuan ?
Cette question est cruciale car les initiatives africaines ne suivent pas une voie unique, mais s’articulent autour de trois modèles distincts :
Conversion de la dette en yuans.
Utilisation du yuan parallèlement aux monnaies locales et au dollar.
Sensibilisation au commerce africain par le Système africain de paiements et de règlements (SAPR). Ces stratégies diffèrent radicalement en termes de coût, de risques de change et de degré de dépendance qu’elles engendrent. Le dollar est en déclin à l’échelle mondiale, mais il est loin de disparaître. Ces initiatives africaines s’inscrivent dans un mouvement plus large de restructuration des réserves mondiales. Selon les dernières données du Fonds monétaire international (FMI), la part du dollar dans les réserves mondiales de change a atteint 57,13 % au premier trimestre 2026, contre 56,42 % fin 2025, tandis que celle du yuan n’était que de 1,99 %.
Le FMI souligne que les fluctuations des taux de change influent directement sur ces pourcentages, ce qui signifie que l’évolution de la part du dollar ne peut être entièrement expliquée par des ventes délibérées de la part des banques centrales. En Afrique, les facteurs de cette évolution semblent être principalement économiques plutôt que politiques. Selon la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), historiquement, plus de 80 % des paiements transfrontaliers entre banques africaines transitaient par des chambres de compensation situées hors du continent, ce qui engendrait des coûts et des délais de règlement supplémentaires et un besoin constant de devises fortes.