Plus de deux mois après l’investiture du président camerounais Paul Biya pour un huitième mandat présidentiel, le 6 novembre 2025, le pays reste sans nouveau gouvernement, une situation qui suscite un état d’attente et d’inquiétude tant dans les milieux politiques que populaires, dans un discours adressé à la nation le 31 décembre 2025, Paul Biya a affirmé que la formation du gouvernement représentait une « priorité », insistant sur la nécessité de « déployer des efforts continus » pour accomplir cette étape « sans délai ». Cependant, plus d’une semaine après ce discours, aucun remaniement ministériel ni aucune nouvelle composition gouvernementale n’a encore été annoncé.
Le politologue Stéphane Akoa commente ce retard en ces termes : « Il y a une blague qui circule au Cameroun selon laquelle Paul Biya a grandi dans un village, et dans un village, quand quelqu’un vous dit que l’endroit n’est pas loin, cela signifie que vous avez trois jours de marche devant vous ». Une allusion ironique à la longueur des périodes d’attente liées aux décisions du président. De son côté, l’expert économique Dieudonné Essomba estime que l’état d’attente est désormais évident dans la rue camerounaise, considérant que les déclarations du président « ont suscité une grande dose d’impatience », Essomba souligne que c’est la première fois en 43 ans que Paul Biya annonce explicitement son intention de former un nouveau gouvernement, bien qu’il ne soit pas étranger aux remaniements ministériels, ayant procédé à au moins 35 modifications depuis son arrivée au pouvoir en 1982.
Cette situation paraît d’autant plus étrange, selon des observateurs, qu’aucun remaniement ministériel n’a eu lieu au cours des sept dernières années, malgré le décès de plusieurs ministres en exercice, l’éclatement de divers scandales financiers, ainsi que la démission de figures marquantes telles que Bello Bouba Maigari et Issa Tchiroma Bakary, qui s’étaient portés candidats à l’élection présidentielle d’octobre dernier, prévue pour 2025. En revanche, une source proche du gouvernement considère que l’annonce par le président d’un urgence à former le gouvernement porte un « message rassurant » pour l’opinion publique. Cette source ajoute que les attentes élevées des Camerounais envers leur président reflètent leur conviction en sa capacité à réaliser de grandes accomplissements.