Un tribunal malien a condamné le colonel Alpha Yaya Sangaré, de la gendarmerie, à 20 ans de prison pour « atteinte à la sécurité extérieure de l’État » en lien avec un livre qu’il a publié sur le défi du terrorisme en Afrique. La Chambre criminelle de l’Unité nationale de lutte contre la cybercriminalité (un organe judiciaire) a également ordonné à l’officier de payer une amende symbolique d’un franc. Le parquet avait requis la peine de mort pour « trahison » lors de l’audience du 27 août. Alpha Sangaré a été arrêté en mars 2024 et inculpé en lien avec la publication de son livre de 400 pages, « Mali : Le défi du terrorisme en Afrique ». En décembre 2025, les autorités ont annoncé la révocation du colonel Sangaré des forces armées par décret signé par le général Assimi Goïta, chef de la junte militaire au pouvoir.
Dans son livre, le colonel s’appuyait sur des rapports d’organisations internationales de défense des droits humains documentant les exactions commises par les forces armées maliennes lors d’opérations antiterroristes. Lors de son procès, l’officier a nié les accusations portées contre lui, affirmant s’être contenté de résumer des documents publics et n’avoir eu aucune intention de nuire à l’armée. La veille de son arrestation, le ministère de la Défense a dénoncé ces accusations comme « fausses » et une « grave criminalisation » visant les forces armées. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, les autorités ont intensifié la répression contre les voix qui critiquent publiquement l’action de l’armée dans la lutte contre les groupes extrémistes, selon plusieurs sources.
L’armée est au pouvoir au Malianais depuis les coups d’État de 2020 et 2021 et le pays est confronté à une grave crise sécuritaire marquée par les attaques de Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM), lié à Al-Qaïda, à l’État islamique (Daech) et à d’autres groupes armés. Depuis sa prise de pouvoir, l’armée a rompu ses relations avec la France et renforcé sa coopération avec la Russie. Parallèlement, les autorités ont durci les restrictions aux libertés publiques, ciblant l’opposition, les médias et les voix dissidentes sous prétexte de lutter contre le terrorisme et de préserver l’unité nationale.