Un ambitieux projet égyptien de décryptage du génome des momies a ravivé l’une des questions les plus sensibles de l’égyptologie. Les techniques d’analyse ADN ont commencé à révéler des détails inédits sur les origines, les migrations et les liens génétiques des anciens Égyptiens, des découvertes susceptibles de remettre en cause de nombreuses idées reçues en histoire. L’ouverture du Grand Musée Égyptien a donné un nouvel élan à ce débat. L’intérêt ne se limite plus à l’exposition des trésors et des statues des pharaons, mais s’étend désormais à la compréhension de leur biologie par l’étude de leurs gènes, la reconstitution des maladies dont ils souffraient, les causes de leur décès et leurs liens démographiques avec des régions d’Afrique et d’Asie.
Le généticien égyptien Yehia Gad dirige un projet visant à analyser le génome complet d’environ 200 momies pharaoniques et de 100 000 Égyptiens modernes, dans le cadre de l’une des plus vastes études génétiques du Moyen-Orient. Ce projet vise à constituer une base de données génétiques plus précise pour les Égyptiens et à corriger les biais inhérents aux bases de données mondiales, qui reposent principalement sur des échantillons occidentaux, selon le Financial Times. La recherche génétique a pris une importance particulière depuis que des équipes scientifiques sont parvenues, ces dernières années, à extraire de l’ADN de momies égyptiennes, malgré la conviction, longtemps répandue, que le climat chaud et les processus de momification rendaient cette tâche quasi impossible. Des études internationales ultérieures ont confirmé le potentiel des momies comme source fiable pour reconstituer l’histoire démographique de l’Égypte antique.
Une étude récente a montré qu’un Égyptien ayant vécu durant l’Ancien Empire, il y a plus de quatre mille ans, possédait environ 20 % de son patrimoine génétique originaire du Croissant fertile, ce qui indique d’importantes migrations humaines entre l’Afrique et l’Asie occidentale depuis l’époque des pyramides, voire avant. Ces découvertes soulèvent des questions plus sensibles concernant l’identité des anciens Égyptiens et la nature des relations entre la civilisation égyptienne et son environnement régional. Chaque nouvelle découverte réduit les frontières traditionnelles tracées par les historiens entre les peuples anciens et révèle que les migrations et les interactions entre les populations étaient plus répandues qu’on ne le pensait auparavant.