Après plus de trente ans de moratoire sur la peine de mort, la question refait surface en Algérie, cette fois-ci pour les cas d’incendie criminel et d’enlèvement d’enfants, suscitant la controverse au sein des milieux politiques et des organisations de défense des droits humains quant à son application. Le Conseil des ministres algérien a précisé les crimes pour lesquels le moratoire sur la peine de mort sera levé, suite à la directive du président Abdelmadjid Tebboune de rédiger un amendement au code pénal. Cette directive faisait suite aux incendies qui ont ravagé plusieurs provinces, causant des morts et d’importants dégâts matériels, et faisant naître des soupçons d’actes criminels.
Le champ d’application de la peine de mort a été élargi pour inclure les personnes impliquées dans l’enlèvement ou la maltraitance d’enfants, mais suite à la directive de Tebboune, la classe politique algérienne s’est scindée entre les partis démocratiques opposés et les partis nationalistes et islamistes favorables. Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), le Front des Forces Socialistes (FFS), le Parti Nouvelle Génération (Jil Jadid) et le Parti des Travailleurs ont rapidement annoncé leur rejet de l’application de la peine de mort, suspendue depuis 1993, et ont exigé son abrogation. Parallèlement, le Front de Libération Nationale (FLN) et le Rassemblement National Démocratique (RND), ainsi que certaines factions conservatrices, ont exprimé leur soutien total à cette décision.
Les défenseurs des droits humains étaient également divisés sur la question. L’avocate et militante des droits humains Farida Belhoul a déclaré : « Je crois que nous sommes à un tournant critique en Algérie, qui exige l’adoption de décisions nécessaires et appropriées, dans l’intérêt supérieur du pays. » Elle a ajouté : « En tant que défenseure des droits humains, je m’oppose à l’application de la peine de mort, mais les circonstances exceptionnelles que connaît l’Algérie nécessitent de prendre des mesures radicales contre ceux qui menacent sa stabilité». Un militant algérien des droits de l’homme a également déclaré que « la peine de mort est la sanction la plus sévère, mais elle a un effet dissuasif. Si les enquêtes prouvent que les incendies en Algérie étaient délibérés et prémédités, alors ils sont extrêmement graves et justifient la peine maximale ».