La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEEAC) est confrontée à une crise de financement critique due à l’accumulation d’arriérés de ses États membres, dans un contexte de défis économiques et administratifs majeurs dans la région. Cette semaine, le rapport opérationnel 2025 de la Communauté a été présenté à son Parlement à Malabo. Ce rapport détaille une note interne datée du 5 février, dans laquelle la Commission annonçait la suspension de toutes ses activités en raison d’une grave pénurie de ressources financières. Le rapport révèle un montant astronomique de 263 milliards de francs CFA, soit environ 400 millions d’euros, représentant les arriérés dus par les États membres au titre de l’impôt communautaire sur l’intégration (ICI), principale source de financement de la Communauté.
Malgré son importance, le rapport indique que cet impôt « reste extrêmement mal perçu », avec un taux de recouvrement inférieur à 60 % l’année dernière. Alors que le Gabon et le Cameroun ont versé des montants supérieurs au minimum requis par la réglementation, les autres États membres n’ont pas honoré l’intégralité de leurs engagements. Les interprétations de cette crise divergent : certains l’attribuent à un manque de solidarité au sein du groupe, tandis que d’autres pointent du doigt les difficultés financières que rencontrent les pays de la région. Djimandom Mandikore, ancien directeur du siège de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), affirme que les racines de la crise résident dans les défis économiques internes.
Cette affirmation concorde avec les derniers indicateurs de la Banque mondiale, qui montrent que les dépenses publiques dans la région augmentent plus rapidement que les recettes. Les experts de la Banque mondiale avertissent que cette dynamique financière a exacerbé le niveau d’endettement public, qui dépasse 70 % au Congo et au Gabon, témoignant d’une pression croissante sur les budgets des États. Cette pression coïncide avec une hausse des taux de pauvreté : plus d’un tiers de la population de la région vit dans l’extrême pauvreté avec moins de 3 dollars par jour.