Au Kenya, où l’embonpoint était autrefois perçu comme un signe de richesse et de réussite, la volonté de maigrir se répand désormais. Les interventions chirurgicales et les médicaments pour la perte de poids gagnent en popularité, et certains influenceurs partagent leurs parcours minceur, suscitant autant d’éloges que de critiques. Dans sa clinique de la capitale, le Dr Lyudmila Shchukina affiche complet. Il n’en a pas toujours été ainsi pour le Nairobi Bariatric Center, qu’elle a fondé il y a trente ans avec son défunt mari, tous deux originaires d’Ukraine. À ses débuts, l’établissement, que le Dr Shchukina considère fièrement comme un pionnier de la chirurgie bariatrique dans le pays, ne recevait quasiment aucun patient.
Mais la clinique prospère aujourd’hui, accueillant entre 10 et 15 patients par jour. « C’est un véritable boom », confie la médecin à la BBC un soir, à la fin de sa journée de travail. Les pressions sociales pourraient expliquer en partie ce changement. Sur les réseaux sociaux, les Kenyans n’hésitent pas à exprimer leurs opinions, et nombreux sont ceux, hommes et femmes, qui se sont vu insulter en leur disant, selon l’expression kenyane, de « maigrir ! » après la publication de photos d’eux en ligne. Lorsque le militant politique Francis Gaitho s’est plaint d’être victime de cyberharcèlement en raison de son poids, plusieurs personnes lui ont répondu en lui disant de « maigrir ».
Shchukina explique que les préoccupations liées à la santé physique et mentale, associées au surpoids, poussent ses patients à consulter. Elle reçoit des patients souffrant d’hypertension, de problèmes d’infertilité, de diabète, de douleurs articulaires et dorsales, tandis que d’autres s’inquiètent de leur qualité de vie en général. Les Kenyans « découvrent désormais que l’obésité n’est pas un signe de richesse, mais un problème de santé », affirme Shchukina. Les autorités sanitaires locales sont de plus en plus préoccupées par ce problème. Dans les zones urbaines, un peu plus de la moitié des femmes et un quart des hommes étaient considérés comme étant en surpoids ou obèses lors d’une enquête menée en 2022. En milieu rural, les chiffres équivalents étaient de 39 % et 14 %.