En ce début d’année, l’Afrique du Sud se retrouve confrontée à nouveau à la question cruciale des inégalités et des disparités croissantes qui continuent de miner la « nation arc-en-ciel », plus de trente ans après la fin de l’apartheid. Cette question revêt une urgence particulière à la veille des élections locales, qui façonneront sans aucun doute le paysage politique futur. Elle survient dans un contexte de déclin de l’influence du Congrès national africain (ANC), contraint en 2024 de former une coalition gouvernementale de dix partis après avoir perdu sa majorité absolue au Parlement pour la première fois en plus de trente ans.
Les dirigeants de l’ANC, qui s’apprêtent à célébrer leur 114e anniversaire le 8 janvier, perçoivent ce déclin comme un signe avant-coureur d’une crise profonde au sein du parti et de ses structures. Cette crise découle des résultats limités de l’ANC et de son incapacité à avoir un impact significatif sur la vie des citoyens noirs, malgré une série de lois et de réglementations adoptées par les gouvernements successifs. Dans le but de réparer les injustices laissées par le régime d’apartheid, qui ont affecté de nombreux aspects de la vie, l’Afrique du Sud a promulgué, depuis 1994, la « Loi sur l’émancipation économique des Noirs » (Black Economic Empowerment Act). Ce mécanisme vise à instaurer une discrimination positive en faveur des groupes vulnérables, afin de parvenir à une transformation économique et d’accroître la participation des Noirs à l’économie du pays.
Cette politique, qui vise à assurer une répartition juste et équitable des richesses au sein de la « Nation arc-en-ciel », a pour principe fondamental la nécessité de lutter contre les profondes inégalités entre Blancs et Noirs dans le monde de la finance et des affaires. Malgré les nobles objectifs de cette politique et de la législation qui l’accompagne, sa mise en œuvre concrète a suscité de vives critiques. Certains soulignent son efficacité limitée, tandis que d’autres l’accusent de favoritisme en raison de son incapacité à réaliser la transformation économique escomptée.