Le Rwanda offre aujourd’hui un modèle africain inspirant de croissance économique et de stabilité. Son expérience est présentée à l’international comme une leçon pour les pays sortant des affres des conflits civils et des troubles internes. Il y a trente ans, des outils agricoles comme les machettes et les hachoirs servaient d’armes pour tuer les voisins. Dans un reportage pour Al Jazeera, Rawya Ogeh explique que les citoyens de cette nation africaine sont désormais unis pour cultiver la terre et bâtir les fondements de leur économie nationale. Le secteur agricole emploie environ 70 % de la population active et contribue à hauteur d’un tiers au PIB du pays.
Les événements de 1994 ont marqué un tournant tragique. Le génocide perpétré contre l’ethnie tutsie a coûté la vie à près d’un million de personnes, entraînant un effondrement économique majeur qui a vu le pays perdre la moitié de son PIB et l’a plongé dans une misère encore plus profonde. Après la fin du génocide, le Rwanda a dû relever un immense défi logistique et économique, avec 120 000 détenus impliqués dans les crimes. Le coût de leur alimentation a absorbé des ressources financières qui auraient dû être allouées à l’aide humanitaire et à la reconstruction des maisons des victimes. Face à cette réalité, le pays a développé un nouveau concept de justice transitionnelle à travers les tribunaux traditionnels « gacha ». Motivés par des objectifs économiques, ces tribunaux visaient une réconciliation nationale globale où chacun y trouve son compte, contrairement à l’approche traditionnelle des tribunaux modernes qui divise les parties en gagnants et perdants.
Les efforts de réhabilitation se sont étendus à la redéfinition de l’identité rwandaise par la suppression des classifications ethniques et religieuses des documents officiels, parallèlement à des initiatives de renforcement de la cohésion sociale, notamment la journée de travail collectif appelée « Umuganda ». Depuis 1998, l’État exige que tous les citoyens adultes en bonne santé participent à des activités de développement, telles que le nettoyage des routes et le labour des champs, le dernier samedi de chaque mois. Cela favorise une prise de conscience collective : ce qui est construit ensemble est difficile à démanteler.