Les tribunaux kényans ont entamé l’examen d’un appel demandant la suspension de l’accord sur les minéraux critiques signé entre le Kenya et les États-Unis. Cette démarche intervient dans un contexte de contestation croissante des conditions de conclusion de l’accord. Ses détracteurs affirment qu’il a été conclu dans le secret, sans consultation des communautés locales ni contrôle parlementaire. L’appel est porté par le Litigation Trust, une organisation kényane de défense de l’intérêt public. Cette organisation conteste l’accord, qui porte sur l’exploitation des ressources minérales de la colline de Merima, dans le comté de Kwale. Cette zone, riche en terres rares, bénéficie d’un statut juridique et environnemental particulier : forêt protégée, site historique national et lieu sacré pour les communautés Kaya locales.
La colline de Merima, qui s’étend sur environ 160 hectares, renferme d’importantes réserves de terres rares et de minéraux stratégiques utilisés dans les secteurs de l’aérospatiale, des missiles, des infrastructures et des oléoducs, ce qui en fait un site d’une importance économique considérable. Cependant, l’exploitation de ces ressources est très controversée, car la législation kényane interdit généralement les activités minières au sein des monuments nationaux. Cette situation a conduit les opposants à l’accord à remettre en question sa légalité, notamment en raison du manque d’informations concernant ses termes, Patrick Ochieng, membre du Litigation Trust, a déclaré que l’accord manque de transparence. Il a expliqué : « Personne ne connaît les termes du contrat. L’étude d’impact environnemental n’a pas été publiée et aucune information n’est disponible concernant la répartition de la propriété, le mécanisme de partage des bénéfices ou les zones qui seront affectées par le projet».
Il a ajouté qu’un projet affectant un site d’importance environnementale et culturelle aurait dû être soumis à l’approbation du Parlement avant d’être mis en œuvre. Les objections ne se limitent pas au seul projet minier. Elles reflètent également des inquiétudes croissantes quant à la manière dont le pouvoir exécutif conclut certains accords internationaux, notamment l’accord de coopération sanitaire avec le centre de quarantaine américain pour lutter contre l’épidémie d’Ebola. Pour sa part, l’expert en politiques publiques John Paul Omollo a déclaré que les citoyens ne s’opposent pas tant au contenu de ces initiatives qu’à la manière dont elles sont négociées.