Sous la chaleur accablante de Kainama, dans le comté de Turkana, Veronica Akalapatan et ses voisins parcourent chaque jour plusieurs kilomètres à pied pour atteindre un puits à moitié asséché, cerné par la terre aride du nord du Kenya. Ce trou creusé dans le sol, accessible par une échelle en bois, est l’unique source d’eau de la région. Des centaines de personnes, venues de plusieurs villages, ainsi que leur bétail, se partagent ce puits, la plupart attendant des heures pour remplir de petits seaux en plastique avec de maigres quantités d’eau insalubre.
« Une fois arrivés, nous creusons pour trouver de l’eau dans le puits et ramassons des fruits. Nous attendons que l’eau le remplisse », explique Akalapatan. « Nous nous relayons pour aller la chercher, car il y en a très peu. Nous sommes nombreux, et parfois nous nous disputons pour l’utiliser ». Au Turkana, le terrain est accidenté, les routes se transforment en pistes poussiéreuses et les villages sont disséminés sur de vastes étendues dans ce comté qui compte à peine plus d’un million d’habitants. Malgré la saison des pluies, les météorologues préviennent que Turkana et d’autres régions arides risquent de ne recevoir que peu d’aide. Les autorités annoncent une nouvelle sécheresse, touchant 23 des 47 comtés du Kenya.
On estime à 3,4 millions le nombre de personnes souffrant de malnutrition, au moins 800 000 enfants présentent des signes de malnutrition et le bétail, pilier de l’élevage, est décimé. Rien qu’à Turkana, 350 000 foyers sont au bord de la famine. « Nous souffrons de la faim », confie Peter Longiron Aemun, un ancien de Turkana. « Nous n’avons plus d’eau. Notre bétail est mort. Nous n’avons plus rien. Avant, nous brûlions du charbon de bois, mais il n’y a plus d’acacias». Le Kenya se remet encore de l’une des pires sécheresses de ces 40 dernières années, qui a frappé le pays entre 2020 et 2023. Cette nouvelle crise climatique risque d’aggraver la situation.