Dans notre pays, les rapports officiels et les discours gouvernementaux n’ont cessé de vanter l’immense potentiel touristique dont regorge le territoire — du littoral s’étendant sur plus de 1 200 km aux majestueuses montagnes du Djurdjura, en passant par la magie du Sahara. Pourtant, à chaque nouvelle tentative de relancer ce secteur, l’ambition se heurte au mur d’une réalité amère : le tourisme ne se résume pas à une belle carte postale ; c’est une véritable industrie qui repose avant tout sur la qualité des services et des infrastructures. Récemment, la stratégie de promotion touristique s’est concentrée sur l’attraction d’influenceurs de diverses nationalités, dans le but de véhiculer une image idyllique de l’Algérie.
Malgré les sommes considérables investies à cet effet, les résultats sont restés confinés aux écrans des smartphones : le visiteur, séduit par une vidéo soigneusement montée, découvre bien vite une réalité tout autre à son arrivée. Les observateurs estiment que miser sur la publicité sans réformer les structures revient à mettre la charrue avant les bœufs ; le tourisme ne se bâtit pas sur des images fastueuses, mais sur la simplification des procédures de visa, la mise en place d’un réseau de transport moderne et la garantie de services de qualité dans les restaurants et les hôtels — des établissements qui, pour la plupart, sont encore loin des standards internationaux. Il est illusoire d’espérer attirer des touristes étrangers alors même que le citoyen algérien souffre d’un manque criant de services de base.
Cet échec se manifeste sur plusieurs points : l’absence d’un réseau routier complet et confortable reliant les villes aux sites archéologiques, la rareté des restaurants offrant une qualité à la hauteur des attentes des visiteurs, sans oublier l’absence de culture du service dans de nombreux établissements et les lourdeurs administratives qui transforment la visite du pays en un parcours du combattant, dès la demande de visa. Même les initiatives lancées il y a quelques mois pour encourager le tourisme et attirer des visiteurs — telle que l’opération « Dourri Dart », portée par un influenceur syrien et un groupe de jeunes femmes de la capitale — n’ont pas permis de réaliser le bond en avant escompté. La raison en est, une fois de plus, les tarifs hôteliers exorbitants comparés à la médiocrité des services, poussant les visiteurs et les étrangers à privilégier les services de prostitution, qui offrent une meilleure qualité à moindre coût.
Or, le véritable tourisme commence par le bien-être du citoyen : Si le citoyen lui-même ne trouve pas d’espaces de détente convenables ni de services respectueux de sa dignité, comment espérer attirer les visiteurs étrangers ou les riches ressortissants du Golfe ? Bâtir un véritable secteur touristique dans notre pays exige le courage de reconnaître l’échec de sa gestion, en s’affranchissant de la langue de bois et des slogans creux. Il ne s’agit pas de multiplier les affiches publicitaires ou de faire appel à des influenceuses aux formes généreuses venues de toutes les régions pour des campagnes racoleuses ; il faut plutôt lancer de véritables chantiers de réforme des infrastructures et améliorer le pouvoir d’achat du citoyen — afin qu’il devienne lui-même le premier touriste — tout en instaurant un environnement d’investissement transparent, exempt de népotisme et de corruption administrative.
Notre pays possède tous les atouts pour devenir une destination attrayante pour les visiteurs, y compris ceux du Golfe, mais il lui manque la volonté réelle de transformer ce potentiel en réalité, loin des divagations des réseaux sociaux et des mensonges de ces « influenceurs » mercenaires du web, dont l’agitation est totalement stérile.