Economie

Nixon Kanali : Le retour des frontières numériques – L’Afrique en quête de souveraineté numérique

Pendant des décennies, l’économie numérique africaine a souffert d’une vulnérabilité latente. On estime que 80 % des données du continent sont stockées et traitées sur des serveurs situés en Europe et en Amérique du Nord. La dépendance aux géants du cloud étrangers a certes contribué à lancer la transformation numérique sur le continent, mais les décideurs politiques africains et les entreprises technologiques locales posent désormais des limites. Une série de réglementations sur la localisation des données, d’importants investissements dans les infrastructures et le déploiement de clouds régionaux témoignent de la volonté du continent de reprendre le contrôle de ses frontières numériques.

Le signal le plus clair est venu du Nigéria. La Banque centrale du Nigéria et l’Agence nationale de développement des technologies de l’information (NITDA) ont fixé au 1er janvier 2027 l’échéance à laquelle toutes les institutions financières et tous les opérateurs de systèmes de paiement devront stocker et gérer les données de transaction localement. Dans une économie moderne, les données financières sont une question de sécurité nationale. Les autorités de régulation souhaitent protéger les données économiques critiques des juridictions et des pressions géopolitiques des pays hôtes étrangers. Adopter des réglementations est la partie la plus facile. Construire l’infrastructure nécessaire est une autre paire de manches. Pour combler le fossé, le Nigéria a lancé une Initiative nationale de cloud souverain visant à attirer 750 millions de dollars d’investissements privés au cours des deux prochaines années et à porter la capacité de ses centres de données locaux de 35-50 MW à 200 MW.

L’entreprise publique Galaxy Backbone est également en pourparlers avec des entreprises technologiques dans le cadre d’un partenariat public-privé pour la construction d’un cloud souverain dédié aux ministères et agences fédéraux. D’autres pays s’orientent dans la même direction. Le ministère sénégalais des Télécommunications et des Affaires numériques a discuté avec Alibaba Cloud International d’un cadre pour un cloud souverain, liant la modernisation de son infrastructure numérique à des événements nationaux majeurs tels que les Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar. Le message est clair : les partenaires technologiques étrangers sont les bienvenus, à condition que les données restent à l’intérieur des frontières nationales.

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