Fin 2021, les autorités militaires maliennes ont ouvert les portes de Bamako aux combattants du groupe Wagner, une décision alors perçue comme une rupture décisive avec les années de frustration envers la France et les Nations unies. Mais trois ans plus tard, avec le repositionnement de Wagner sous l’égide du « Corps africain », un tableau bien différent se dessine : des échecs opérationnels, des divisions internes et un épuisement sans précédent pour le Mali. Selon une enquête publiée par le site *Africa Report*, s’appuyant sur un rapport de l’organisation *The Sentry*, la présence de Wagner au Mali n’a pas été un simple échec militaire, mais un facteur de désintégration de la structure de gouvernance militaire et une source d’alimentation de la rébellion.
L’un des événements les plus marquants fut le massacre de Moura en mars 2022, où plus de 500 civils ont été tués et des dizaines de femmes et de filles violées, dans une opération où les éléments de Wagner ont été directement accusés. Le rapport cite des témoignages de soldats maliens affirmant que l’influence de Wagner a poussé les commandements militaires à des exactions sans précédent. L’un d’eux a déclaré : « Sans Wagner, le massacre de Moura n’aurait pas eu cette ampleur ni cette brutalité ». Le rapport souligne également que les éléments de Wagner menaient des opérations sécuritaires sans coordination préalable, utilisant l’équipement de l’armée en dehors de la chaîne de commandement, ce qui a conduit à plusieurs reprises à la perte d’équipements ou à l’abandon des soldats maliens sans soutien lors d’attaques rebelles.
Les méthodes de Wagner ont renforcé la capacité de recrutement des groupes djihadistes, au lieu de réduire leur influence. Les déplacements massifs de populations dans le nord du pays, les frappes aériennes sur des cibles civiles et les alliances avec des milices ethniques accusées d’atrocités ont exacerbé les divisions sociales. Amadou Koufa, chef de la katiba Macina affiliée à Al-Qaïda, a déclaré dans une interview en 2024 que « la brutalité russe a poussé les populations à prendre les armes pour défendre leur religion, leurs terres et leurs biens ».
