Le président sortant de Djibouti, Ismail Omar Guelleh, devrait remporter l’élection présidentielle de vendredi, prolongeant ainsi ses 27 années à la tête de ce petit pays stratégiquement important de la Corne de l’Afrique. Guelleh, 78 ans, surnommé « IOG », est l’un des dirigeants africains restés le plus longtemps au pouvoir. Il dirige Djibouti, pays d’environ un million d’habitants, depuis 1999. Il a transformé l’ancienne colonie française en une importante base militaire et navale internationale pour les États-Unis et la Chine. Guelleh n’affronte qu’un seul adversaire de taille, l’opposition étant fragmentée et ses voix étouffées. Il a fait campagne vêtu d’une tenue verte, composée notamment d’une chemise et d’un chapeau, un choix qui semblait symbolique.
Sonia Le Gorelick qualifie l’élection de simple formalité, affirmant que les enjeux sont minimes. Djibouti se positionne dans une région instable comme garant de la stabilité entre deux voisins autrefois rivaux, l’Éthiopie et l’Érythrée. Au sud se trouve le Somaliland, un État autoproclamé indépendant doté d’un port en eau profonde et d’un aéroport. Son indépendance de la Somalie n’est reconnue que par Israël, tandis que Djibouti accuse les Émirats arabes unis de tenter de déstabiliser la région – accusations que les Émirats arabes unis démentent. Djibouti a renforcé ses partenariats avec des pays comme l’Arabie saoudite, signant l’année dernière un accord pour le développement du port de Tadjoura. Ceci témoigne de l’importance stratégique de sa situation géographique unique entre l’Afrique et la péninsule arabique, à l’entrée du détroit de Bab el-Mandeb.
Le pays accueille plusieurs bases militaires étrangères, dont la plus grande base française d’Afrique, ainsi que des forces chinoises, japonaises et italiennes. On y trouve également une base américaine permanente d’environ 4 000 soldats, qui soutiennent les opérations antiterroristes sur le continent, notamment en Somalie. L’économie djiboutienne repose fortement sur ses ports, qui représentent environ 70 % de son PIB, l’Éthiopie constituant une voie de transit essentielle pour ses exportations. Le conflit régional au Moyen-Orient, et notamment les tensions entre les États-Unis et Israël d’une part, et l’Iran d’autre part, menace le détroit de Bab el-Mandeb, avec un risque d’intervention des Houthis au Yémen.