La polémique enfle au Ghana autour d’un projet de loi visant à alourdir les peines pour les personnes homosexuelles, après que le président John Mahama a indiqué que ce sujet n’était pas une priorité. Cette position a suscité des critiques de la part de chefs religieux et d’organisations de la société civile. Raphael Ahino Jr., fondateur de la Global Media Foundation, s’interroge : « Pourquoi était-ce une priorité pour lui lorsqu’il était dans l’opposition, et plus maintenant qu’il est au pouvoir » ? Il ajoute : « Le président John Mahama a utilisé ce projet de loi pendant sa campagne électorale, promettant de le mettre en œuvre. Aujourd’hui, il fait exactement le contraire. Il a trompé l’opinion publique ».
Fin mars, John Mahama a déclaré que le Ghana devait se concentrer sur les besoins fondamentaux – l’éducation, la santé et l’emploi – plutôt que sur ce projet de loi, ravivant ainsi un vif débat national. « On ne peut pas tout accepter au nom des droits de l’homme », affirme Raphael Ahino. « Dans le monde occidental, certaines pratiques, comme la polygamie, sont inacceptables et nous ne pouvons les imposer. De même, nous rejetons l’homosexualité, qui ne fait pas partie de notre culture ». Cette loi vise à criminaliser les relations homosexuelles, ainsi que toute forme de soutien à ces communautés. Les institutions religieuses se sont également impliquées dans le débat.
La Conférence des évêques catholiques du Ghana a exprimé des préoccupations similaires, soulignant que les priorités économiques ne doivent pas se faire au détriment des valeurs morales et sociales. Dans une déclaration publiée le 10 avril, les évêques ont insisté sur le fait qu’une famille stable demeure le fondement d’une société prospère. Les analystes estiment que cette question place le président dans une position délicate, John Mahama ayant précédemment indiqué qu’il signerait la loi si elle était adoptée par le Parlement. Ce débat intervient à la veille d’un sommet panafricain sur les « valeurs familiales », prévu le mois prochain à Accra, ce qui pourrait exacerber les tensions.