Les fluctuations de la politique tarifaire américaine accélèrent les efforts visant à réduire la dépendance au dollar pour le règlement des transactions commerciales en Afrique. Les entreprises envisagent en effet d’accroître l’utilisation du yuan chinois et des monnaies locales, selon le directeur d’Ecobank Transnational, un établissement de crédit présent sur tout le continent africain. Dans une interview accordée la semaine dernière, Jeremy Ory, PDG d’Ecobank, a déclaré que malgré le recul relatif des échanges commerciaux avec les États-Unis, l’Afrique n’a pas été épargnée par les répercussions des décisions tarifaires de la Maison Blanche.
Les échanges bilatéraux ont atteint 83,4 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de près de 16 % par rapport à l’année précédente, selon les données du Bureau du recensement des États-Unis. Ce chiffre reste modeste comparé aux 315 milliards de dollars d’échanges commerciaux entre le continent et la Chine, d’après les économistes d’Ecobank. « Nous verrons se multiplier les possibilités de convertir directement le yuan en monnaies africaines », a affirmé M. Ory. « Nous devons également envisager de régler les transactions commerciales en monnaies africaines. L’utilisation de nos monnaies locales dans le commerce permettra d’atténuer la pression liée à la dépendance au dollar ».
Il a ajouté que l’expiration de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) – qui exempte les exportations vers les États-Unis de droits de douane et de quotas – et son examen annuel en vue de son renouvellement ont engendré une nouvelle incertitude pour les fabricants et les exportateurs. Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le commerce intra-africain était évalué à environ 220 milliards de dollars en 2024, soit environ 15 % du commerce total du continent. M. Ori estime que le développement du commerce intra-africain constituera une protection essentielle contre l’incertitude géopolitique internationale, citant la nouvelle raffinerie de pétrole au Nigéria comme exemple de la manière d’accroître les échanges entre pays. La raffinerie Dangote, d’une capacité de 650 000 barils par jour, fournira de l’essence, du diesel et du kérosène raffiné au Nigéria et à d’autres marchés africains.