Tandis que le citoyen algérien moyen ploie sous le poids de factures mensuelles exorbitantes et d’une dure réalité sociale qui transforme la quête d’un morceau de nourriture ou d’une bougie en un véritable calvaire humiliant, l’élite du régime, ou ceux qui se prétendent docteurs en recherche et documentation, nous présentent des théories à la fois risibles et tragiques. Ces individus, retranchés dans leurs tours d’ivoire, entretiennent l’image d’une Algérie puissante qui nourrit le monde et soutient les économies, tandis que le citoyen, le ventre vide, voit sa dignité bafouée dans les rues, contrainte à la prostitution.
Ces penseurs insensés parlent sans vergogne de soutenir le Liban en lui offrant l’électricité gratuite, de sauver l’économie tunisienne à coups de centaines de millions, et de distribuer du gaz et du pétrole aux pays arabes et amis, comme si nous vivions dans la Suisse de l’Afrique. Mais où est donc cette générosité pour le citoyen qui souffre des coupures de courant en plein été et de l’eau stagnante en plein hiver ? Comment expliquer que les rues de Beyrouth soient éclairées par notre carburant alors que les villages reculés des monts Aurès et du Sud restent plongés dans l’obscurité ? C’est un paradoxe, à l’image de la source d’Aïn Adhari, qui arrose les contrées lointaines tout en laissant les environs desséchés.
Ces chercheurs prétendent que nous contribuons au tourisme en Égypte, aux Émirats arabes unis et au Qatar, revitalisant ainsi leurs économies. Leur imagination les conduit même à des affirmations honteuses concernant la dignité et l’honneur des Algériennes pour justifier l’échec de leurs politiques touristiques et économiques. Au lieu de reconnaître que nos citoyennes fuient pour sauver leur vie, en quête de répit et d’une vie décente dans les pays du Golfe, en Égypte et en Turquie, ils tentent de présenter cela comme une invasion touristique calculée. Plus absurde encore : des milliards de dons sont versés à l’Église du Vatican pour contribuer à la propagation du christianisme dans le monde, alors que nos hôpitaux (islamiques) manquent cruellement de médicaments et de produits d’hygiène de base.
Au-delà des salles de conférence climatisées et des cabinets des médecins de la cour, se cache une autre réalité, empreinte de tragédie : celle du citoyen ordinaire qui ne trouve plus rien pour dissimuler sa nudité. Le désespoir et la misère abjecte ont poussé une partie de la population au bord du gouffre. On assiste désormais à la mendicité, devenue le métier de nombreux Algériens et Algériennes, et à la prolifération des vols, des braquages et des bandits de grand chemin, culminant dans le phénomène le plus dangereux : vendre son honneur et sa dignité pour un morceau de pain.
Imprégnée d’humiliation et de dépravation, lorsqu’un chef de famille vend sa dignité pour acheter du pain, lorsqu’une mère est contrainte de compromettre son honneur pour nourrir ses enfants, toutes les théories faisant de l’Algérie la mère du monde et la mère des Arabes s’effondrent. Quelle absurdité ! Un État incapable de nourrir son propre peuple n’a pas le droit de se vanter de nourrir les autres, et cette propagande, orchestrée par le chœur de généraux décrépits, n’est qu’une tentative désespérée de masquer l’horreur de leur amère réalité…